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Céation du spectacle de marionnettes jeune public Miribilia en tournée dans les éablissements scolaires de loisirs et théâtres, à partir de janvier 2008.
“Il est difficile de ne pas se démarquer quand on vient de débarquer.” N. Tardy
Théâtre contemporain, théâtre jeune public, théâtre de marionnette, de geste, d’objet, théâtre de ceci, théâtre de cela. La multiplication des genres et des catégories dans l’art
théâtral fait un peu penser à ce que la peinture a connu naguère avec ses salons et ses concours de “-isme” : un art distingué. Ou plutôt, un art de la distinction. Distinguons donc, s’il le faut.
Distinguons-nous, mais de grâce gardons-nous de discriminer, d’exclure ou de mépriser, d’accréditer l’idée d’un théâtre savant pour l’élite et d’un art pauvre pour la plèbe. Quelle qu’en soit la
forme, qu’elle s’accomplisse sur les planches les plus prestigieuses ou sur le pavé des rues, pour les grands comme pour les petits, la comédie est notre bien commun, notre indivision.
Aujourd’hui, par delà les chapelles et les académies, de nouvelles perspectives apparaissent enfin dans notre vocabulaire courant : transversalité, pluri disciplinarité, nouveaux territoires de
l’art... Cette volonté de mélange des genres, de brassage des publics, de découverte de nouveaux espaces de diffusion, voilà ce qui fait le quotidien de la compagnie du Funambule depuis dix
ans.
Premiers pas
Faut-il rappeler l’impact qu’eut l’exposition Poésure et peintrie organisée en 1993 par les Musées de Marseille ? Nous y avons découvert qu’une brèche définitive était ouverte
dans la clôture de l’académie, qu’un art ludique avait droit de cité, que la poésie était une source de gestes et de couleurs. Dubuffet, Dotremont, Schwitters, Basquiat éclairaient le lieu où
Beckett et Genet nous avaient conduits : le théâtre. Mais “l’art est une fleur singulière qui ne tolère de lieu d’aucune sorte” (K. Schwitters).
Ceci explique cela. Lorsqu’en 1995 nous — c’est à dire une poignée d’artistes venus d’horizons différents — nous sommes lancés dans l’aventure de créer une compagnie de théâtre, nous n’avons pas
craint d’être atypiques : ce goût pour l’art moderne et contemporain, nous avons choisi de le partager avec les enfants. Nous en avons été mille fois payés de retour. Lassé sans doute des poncifs
et des “pestacles” dont on l’accablait, le jeune public attendait un théâtre actuel, qui soit présent à sa porte. Qui vienne lui parler du vaste monde dans un lieu familier : à l’école, là où tous
sont rassemblés, bienvenus. Nous y sommes allés.
Ingénus, nous devions devenir ingénieux : établir une scène dans un lieu qui ne permet aucun luxe scénographique, inventer des trames de jeu laissant une certaine part à la réaction d’un public
spontanément très actif et enfin — last but not least — produire des spectacles dont le coût soit compatible avec les possibilités de nos partenaires ! Avec le recul, nous réalisons à quel point ce
fut pour nous une école de rigueur et de modestie.
Le public, de nombreux établissements nous ont témoigné une confiance sans faille. Un théâtre marseillais, le Parvis des Arts, nous accueille comme résidents depuis 1997. Ainsi, une large part de
notre répertoire a t-il été conçu en deux configurations adaptées l’une pour la scène et l’autre pour le “tout-terrain”.
Sur un fil
Nous aurions pu en rester là. Fort de ce succès auprès du jeune public, il était tentant de produire, saison après saison, des spectacles qui lui soient exclusivement destinés.
Pourtant, tel n’était pas notre objectif ; notre parcours nous menait vers un public plus large. Un texte de Jean Genet, Le Funambule, nous avait inspiré au point que nous lui empruntions le nom de
notre troupe : compagnie du Funambule. Il était temps de s’en emparer et de l’adapter à la scène. Nous prenions un risque, allions porter nos pas sur une voie étroite où nous manquions de repères
et pour cela, il nous fallait nous entourer de conseils, d’expertise. Nous les avons trouvés auprès de Gilbert Landreau et Anne-Claire Marty (compagnie Qanik) et de Maurice Vinçon (théâtre de
Lenche). Après un long et minutieux travail de préparation, Le Funambule était finalement créé au Lenche en 2002.
Dans un autre registre, nous menions une réflexion sur l’usage des marionnettes, sur leur capacité à danser. Ayant souvent été confrontés au très jeune public, nous y avions inventé une forme
théâtrale dont l’expression ne dépend pas d’une narration, mais plutôt d’une musique des mots. Poésie, nous te retrouvions à chaque détour de notre chemin ! Babil, pièce de danse-théâtre créée par
Stéphane Lefranc, résumait ce travail d’élagage, cette recherche d’éloquence hors des schémas classiques de la dramaturgie. C’est dans cette volonté d’épure que nous avons rencontré l’objet, le
théâtre d’objet (Papiers Timbrés). A la fois universel et lié à l’expérience intime du manipulateur, l’objet évoque, convoque, provoque... Métaphore, allégorie, parabole ou synecdoque, il
place la rhétorique sur un terrain concret dont tous partagent la convention. Il n’a pas toujours été simple, avouons-le, de conjuguer nos recherches et un certain conformisme ambiant qui persiste
à penser que le jeune public n’est pas un secteur de création.
“Se rêver, rendre sensible ce rêve qui redeviendra rêve, dans d’autres têtes.” J. Genet
Une boucle
Aujourd’hui nous n’avons aucun doute que, si hétéroclite que cela paraisse, ce que nous faisons est bien du théâtre. Ni théâtreux, ni théâtrant, pas strictement théâtral, mais
du théâtre. Et peu importe le lieu, car au fond le théâtre n’est pas un lieu, c’est un moment. Un temps partagé qui invente son propre espace, ouvert à tous. A tous, peut-on l’imaginer ? Peut-on,
au spectacle, élargir les rangs pour y loger chacun, sans tomber dans le consensuel ? C’est à cela que nous sommes maintenant attelés. C’est dans cet esprit, c’est fort de cette expérience que nous
présentons aujourd’hui notre nouvelle création.
Quel Théâtre ?
Nous pratiquons un théâtre de gestes, de mots et d’objets attentif à ce que chacun de ces aspects soit porteur de sens en interaction avec les autres.
Si nous avons aussi rendu hommage à Jules Verne, Jean Genet ou Miguel de Cervantes, la plupart des textes que monte la compagnie sont écrits par elle même. Le processus d’écriture est collectif,
c’est à dire fait de collectes, d’assemblages et de réécritures. Plutôt qu’une classique écriture dramaturgique, nous préférons une écriture scénique où tous les éléments sont liés dans une forme
tantôt narrative, tantôt poétique. Ainsi, chez nous le processus d’écriture ne précède pas la mise en scène mais l’accompagne naturellement.
Sans doute le fait que bon nombre de personnages sont des marionnettes n’y est pas étranger. Vous pouvez toujours faire dire n’importe quoi à un comédien qui va s’y adapter ;-) alors qu’une
marionnette a un registre précis, et vous fait savoir tout de suite si elle peut ou non dire ce que vous lui proposez ! Ainsi, nous faisons “vivre” nos personnages un grand moment avant d’avoir une
idée de ce qu’ils peuvent exprimer et de comment ils peuvent le faire. Cette écoute des personnages, sans idées préconçues et dans une réflexion commune, est pour nous indispensable au travail
d’écriture, quelle que soit la destination ou le sujet de la pièce.
Si dans chacun de nos domaines de travail et d’inspiration nous sommes attentifs à ce que le monde de nos contemporains propose comme création et même comme avant-garde, nous avons aussi le souci
d’être accessibles à tous, de ne pas proposer un “théâtre d’auteur” surplombant la foule depuis un balcon réservé à l’élite. L’humour, la satire, la commedia, le nonsense ont droit de cité
dans ce que nous partageons avec le public et que nous voulons drôle, enlevé et roboratif.
Compagnie du Funambule Théâtre pour tous publics Siège social : 93, la Canebière - 13233 Marseille cedex 20. Tél. / Fax : (+33) 04 91 91 59 00 • Siret 413 915 679 00026 • APE 923A • Licence d’entrepreneur de spectacles vivants N°2-143687